Les 8 étapes du développement de l’être humain selon Erickson…

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Pour Erikson, les hauts et bas que comporte chaque étape du développement, ne sont pas le résultat de choix positifs ou négatifs. Ils sont plutôt le signe d’une recherche d’équilibre entre l’abus et le sous-emploi d’un don.
Cette théorie des 8 étapes du développement humain a ses limites. Erikson reconnaissait lui-même que nous vivons toujours un peu toutes les étapes à la fois et qu’elles ne sont pas strictement délimitées dans le temps. Par exemple, nous sommes toujours en train d’approfondir la confiance fondamentale qui est la première étape du développement.

Les 8 étapes du développement de l’être humain…

1 :  LE NOURRISSON. Le combat de la confiance contre la méfiance.
Le contact physique établit la confiance, car la confiance comme la méfiance s’apprend. Selon Erikson elles s’apprennent essentiellement pendant la première étape du développement, celle du nourrisson, et cet apprentissage dépend beaucoup de la manière dont nous avons été portés et touchés.
Le nourrisson n’a pas le sentiment d’avoir une identité propre mais il dépend des autres pour pouvoir satisfaire ses besoins et il n’est pas pour autant passif, il a de nombreux moyens de faire connaître ses besoins !
Sa manière à lui « d’être », c’est de prendre tout ce qu’il reçoit des autres.
Erikson dit que la confiance de base d’un nourrisson dépend plus de la qualité de l’amour qu’il reçoit que de la quantité d’amour qu’on lui donne ou de l’attention qu’on lui porte.
Le contact physique établit la confiance
Dès leur naissance, les bébés comprennent la signification du toucher, parce que la peau est parmi les organes des sens, celui qui se développe le plus vite, qui occupe le plus de place et qui a le plus besoin d’être satisfait. S’il n’y a aucun contact physique, même le physiologique ne fonctionne pas correctement.
La croissance du cerveau dépend de la manière dont on s’occupe physiquement du bébé pendant sa prime enfance.
En effet, à cet âge plus un enfant est touché et plus son cerveau pèsera lourd. Au contraire, un petit enfant qu’on ne prend jamais dans ses bras, et qui est très peu cajolé durant ses premiers mois, peut en subir, par la suite les conséquences au niveau de son intelligence.
L’amour paternel a aussi son importance
Quand les pères n’ont pas, ou trop peu la possibilité de s’occuper des bébés et d’établir avec eux des relations normales, il peut en résulter des comportements relationnels anormaux. Quand, au contraire, les pères s’occupent de leurs enfants, ceux-ci s’épanouissent.
La confiance commence dès le sein maternel.
La première étape du développement de l’homme, celle de la confiance contre la méfiance, commence dès la conception. Des grands noms de la psychanalyse comme Frank Lake, Laing et Winnicott pensent même que la plupart des psychoses commencent dès la grossesse, ou sont la conséquence d’un traumatisme de la naissance, alors que les névroses ne se développent que plus tard.
Auparavant, la science médicale affirmait qu’un enfant ne pouvait avoir de souvenirs avant deux ans, parce qu’avant cet âge, son système nerveux central n’était pas assez développé. Aujourd’hui, plusieurs théories entendent expliquer comment un fœtus peut avoir de la mémoire et cela peut-être dès la conception. Des observations cliniques amènent à penser que l’enfant, même lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère, acquiert déjà des souvenirs.
La vie du bébé dans le sein maternel est tellement liée à celle de sa mère que ses souvenirs dépendent étroitement des expériences et des réactions de celle-ci. Ce qui se comprend du point de vue physiologique puisque chaque fois que nous ressentons une émotion, elle provoque des changements hormonaux et des réactions chimiques dans notre système sanguin. Lorsqu’une femme enceinte ressent la peur, la joie ou la colère, les modifications que ces émotions provoquent dans son système sanguin sont aussitôt ressenties par son bébé à travers le placenta.
La prise de confiance
L’expérience la plus importante que fait l’enfant dans le sein de sa mère, est certainement celle de l’amour de ses parents. Cet amour peut lui permettre de surmonter les effets négatifs de bien des agressions et traumatismes de la vie.
Si un enfant reçoit l’amour et les soins qui lui sont nécessaires à ce stade, alors il décidera que le monde est bon et qu’on peut lui faire confiance. En fait, l’enfant décidera non seulement qu’il peut faire confiance au monde, mais aussi qu’il peut se faire confiance à lui-même, puisqu’il constate que ses besoins, et par-là même tout son être, sont satisfaits.
Parvenu à ce stade, l’enfant est capable de passer à l’étape suivante du développement, en prenant appui sur cette confiance fondamentale acquise.
Cependant, si ses besoins d’amour et d’attention ne trouvent pas de réponse, il se repliera probablement sur lui-même, et pourra même aller jusqu’au refus de toute relation. Il se méfiera du monde et de lui-même. Tout sera perçu comme mauvais, lui y compris. Il s’accusera d’être responsable de cette situation et, ses besoins n’étant pas pris en considération il les croira mauvais par sa faute.
Un enfant qui se sent complètement privé d’amour ou soudainement abandonné, peut tomber dans un état de tristesse chronique et même dans la dépression pour le reste de ses jours. Dans certains cas, des bébés non aimés se laissent littéralement mourir de chagrin. Les médecins reconnaissent aujourd’hui les conséquences fatales qu’entraîne une grave privation d’amour : ils ont même donné un nom à cette situation : le «marasme ».
Dans les cas moins graves, l’incapacité d’établir la «confiance fondamentale » peut avoir des conséquences physiques, psychologiques, sociales et spirituelles sur la vie à venir.

2 : LA PETITE ENFANCE. e combat de l’autonomie contre la honte et le doute.
Tout le monde sait que les mots favoris d’un enfant de 2 ans sont : « non », «à moi », «je »…  Le « oui » est beaucoup moins courant car de dix-huit mois à trois ans, c’est le temps du «non ».
Un enfant développe son autonomie quand il s’essaie à développer sa volonté propre et à obtenir ce qu’il désire. A l’inverse il développe en lui un sentiment de honte lorsqu’il fait l’expérience de la déception de sa mère et de ses proches;  quand il fait ce qu’il a envie de faire et qu’il ne répond pas à leur attente. En agissant ainsi, il n’essaie pas de se séparer de sa mère mais cherche plutôt à affirmer son identité propre : ce qui lui permettra d’établir avec elle des rapports tout à fait nouveaux.
La construction d’une autonomie saine.
A l’étape de l’autonomie, un enfant a besoin, pour se développer normalement, de pouvoir s’appuyer sur des affirmations. Il a besoin qu’on l’aide à manifester sainement sa volonté. Ce qui signifie qu’il faut l’approuver chaque fois qu’il fait un bon choix.
Les psychologues disent que si on laisse un enfant, même entre neuf et dix-huit mois, choisir lui-même ses jeux pendant au moins 30 à 40% de son temps, il met en place les bases de son autonomie.
De la même manière, les gens qui savent dominer leurs émotions et qui se sentent à l’aise avec les enfants les aident à devenir capables d’exprimer tout l’éventail de leurs sentiments.
Mais il ne suffit pas d’approuver les bons choix : il faut encore savoir faire preuve de fermeté devant de mauvais choix. Ainsi, lorsqu’un enfant ouvre tous les robinets de gaz pour voir ce qui va se passer, il faut savoir lui dire «non » et maintenir ce «non », même s’il recommence encore et encore.
L’enfant a besoin de tester sa volonté contre la vôtre, et cette fermeté est nécessaire pour lui apprendre qu’il y a des choses qu’il ne peut pas faire.
Si on le laisse faire à cet âge, il se comportera bientôt comme un véritable petit dictateur et toute la famille devra lui obéir. Peu à peu il deviendra ce genre d’adulte qui n’en fait toujours qu’à sa tête, ne supportant pas la frustration. Le problème, c’est que l’inaptitude à établir le bon équilibre entre l’amour et la nécessaire fermeté se transmet facilement d’une génération à la suivante.
Quand une mère se respecte elle-même, et a respecté son enfant depuis le premier jour, elle n’a jamais besoin de lui apprendre à respecter les autres : il ne peut pas faire autrement.
Les parents qui savent dire «oui » et «non » quand il le faut trouveront presque à coup sûr le juste équilibre entre une permissivité excessive et une trop grande fermeté. Ils permettront ainsi à leurs enfants d’acquérir une saine autonomie.
Si la volonté fait défaut
Habituellement, les parents commettent plutôt l’erreur inverse : celle d’empêcher leur enfant de manifester sa volonté et de faire lui-même son choix en lui disant toujours «non ». Ce qui risque de provoquer en lui de nombreuses blessures qui peuvent perdurer.
Car le facteur déterminant d’une blessure durable est le sentiment d’impuissance et l’incapacité à maîtriser les événements. Si quelqu’un ignore qu’il est doté de volonté, et ne se sent jamais responsable, n’importe quel événement peut le mettre complètement à plat. C’est pourquoi cette étape du développement est si importante : elle nous donne le ressort moral.
Si j’ai ma personnalité propre, je peux retomber sur mes pieds et rien ne peut m’anéantir. Ma volonté me permet de rejeter tout ce qui me paralyse dans une situation donnée. Et je peux continuer de grandir en faisant les choix dont je suis capable, au lieu d’attendre passivement le changement.
L’exercice de la volonté stimule la santé du corps et de l’esprit
Beaucoup de gens pensent que la toxicomanie résulte d’une conception perverse de la liberté personnelle. Dans environ 3 cas sur 4 , les maladies physiques touchent des gens qui sont désespérés, qui se sentent abandonnés ou qui sont incapables de faire des choix ou d’être autonomes.
Les personnes qui sont douées d’une personnalité forte – celles qui croient pouvoir agir sur les événements ou qui accueillent volontiers le changement à cause des possibilités nouvelles qu’il offre – ces personnes-là ont une tension artérielle très inférieure à la moyenne en plein stress et sont moins sujettes aux affections cardiaques que la plupart des gens.
On a d’ailleurs constaté que les professions où l’on trouve les plus forts pourcentages de maladies cardiaques sont précisément celles où l’on ne peut pas contrôler le stress. Par exemple, les standardistes, les caissières, les cuisiniers et les ouvriers qui travaillent à la chaîne : alors que l’on enregistre les pourcentages les plus faibles de ces mêmes maladies chez les hommes de loi ou les directeurs d’entreprises, c’est à dire chez des gens qui ont la possibilité d’organiser leur emploi du temps comme ils l’entendent.
Mais l’autonomie ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Comme pour chacune des étapes du développement, celle-ci ne se termine pas avec le temps de la première enfance : elle se fait sentir tout au long de la vie.
3 : L’ÂGE DU JEU. Le combat de l’initiative contre la culpabilité.
A ce stade, entre trois et cinq ans, les enfants possèdent un «surcroît d’énergie » qui leur permet de maîtriser trois aptitudes : le langage, la mobilité et l’imagination.
Cette étape est aussi appelée l’étape de la pénétration, car elle aide les enfants à pénétrer à l’intérieur des frontières du monde adulte par l’intermédiaire du langage, en disant : « donne-moi ceci » ou «donne-moi cela ». Ou par l’intermédiaire du mouvement : les enfants pénètrent dans l’espace par exemple en grimpant sur les meubles pour attraper des objets que leurs parents pensent avoir mis hors de leur portée.
Mais c’est surtout grâce à leur imagination que les enfants pénètrent dans de nouveaux domaines, parce que, parvenus à ce stade, ils peuvent devenir ce qu’eux-mêmes imaginent être.
Selon Erikson, le développement de l’aptitude au jeu, de la curiosité et la multiplication des prises d’initiatives dépendent alors d’un facteur qui devient critique à cet âge : une bonne gestion de la culpabilité. L’éveil de la conscience permet en effet de se sentir coupable. A ce stade l’enfant sait que quelque chose est bien ou mal, même si personne ne le lui dit. Il n’a pas besoin d’éprouver de la honte pour savoir, par exemple, qu’il vaut mieux ramasser les morceaux de la tasse qu’il vient de casser.
La bonne et la mauvaise culpabilité
A ce stade les enfants sont très sensibles à la culpabilité. Non seulement, ils se sentent coupables d’avoir cassé une tasse, mais ils peuvent aussi se sentir totalement responsables – et coupables – de choses qui ne dépendent pas d’eux. Par exemple le divorce de leurs parents ou la mort d’un de leurs amis.
Un enfant que l’on réprimande sans cesse, peut du fait de son hypersensibilité, finir par se détester lui-même.
Souvent, en effet, il ne sait pas faire la différence entre lui – qu’il perçoit comme mauvais – et ses actes qui, seuls sont mauvais. Les symptômes de culpabilité malsaine et de haine d’eux-mêmes varient suivant les enfants.
Quand l’enfant projette sur les autres sa culpabilité malsaine et sa haine de lui-même, il prend habituellement pour cible celui qui l’a puni. Quand il aura grandi et qu’il aura acquis plus d’expérience, il punira très souvent ses parents en faisant ce qu’il sait leur déplaire. Et souvent aussi cela le conduira à punir d’autres personnes, et tout spécialement ses propres enfants. Les punitions auront une influence sur les relations futures des enfants avec leurs parents.
Pour guérir la culpabilité malsaine, ce dont l’enfant a le plus besoin, ce n’est pas de la présence de l’un ou de l’autre de ses parents, mais de l’amour qui les unit.
4 : L’ÂGE DE L’ÉCOLE. Le travail ou le sentiment d’infériorité.
Erikson pense que pendant cette étape (6-12 ans), les enfants se focalisent tout particulièrement sur leur aptitude à apprendre, s’ils apprennent facilement et travaillent bien. Dans le cas contraire, s’ils échouent de manière habituelle : ils se centrent sur leur sentiment d’infériorité.
Mais à cette étape comme aux autres, le véritable objectif demeure de trouver une nouvelle manière de donner et de recevoir l’amour. Ainsi l’école n’est pas seulement un lieu où l’on acquiert la compétence en augmentant ses connaissances et son savoir-faire, mais plutôt un endroit où l’on a la possibilité d’apprendre des choses nouvelles en les partageant avec des camarades et des enseignants. A ce stade, les enseignants ont un très grand pouvoir pour faire en sorte que nous nous sentions compétents, ou non.
Malheureusement nos écoles favorisent plus le développement du sentiment d’infériorité que celui de la compétence. Nous félicitons généralement les premiers de la classe ou l’équipe de foot qui a remporté la coupe nationale. Aux autres nous ne savons dire que « quel dommage ». Pareille mise en compétition montre à celui qui arrive en tête sa supériorité sur les autres, mais fait aussi découvrir aux autres combien ils lui sont inférieurs.
Deux sociologues, Roger et David Johnson ont prouvé que la compétition n’est pas la meilleure motivation pour les études. Ils ont appris à de nombreux enseignants à pratiquer les méthodes où l’on répartit les élèves en petits groupes travaillant ensemble et qui ne comportent aucune notation individuelle. Dans cette atmosphère de collaboration entre eux, les élèves apprennent mieux, se sentent plus à l’aise vis à vis d’eux-mêmes et ont de meilleures relations avec les autres.
En général les élèves qui réussissent dans le domaine des arts, de la musique ou de la danse, ne reçoivent pas autant de félicitations que ceux qui sont bons en maths, en lecture ou en rédaction. Les élèves qui ont un tempérament d’artiste ou qui sont d’abord guidés par leurs sentiments auront souvent l’impression, au cours de leurs années d’école, de n’être pas au niveau. Ils auront cette impression non parce qu’ils manquent de moyens, mais parce que l’école ne met pas leurs dons en valeur.
Les intellectuels attachent du prix à la recherche logique de la vérité, tandis que ceux qui se laissent mener par leurs sentiments accordent plus de valeur aux relations humaines mais : l’école récompense plus l’esprit que le cœur.
Outre cette distinction entre les intellectuels et les sentimentaux, il en existe une autre entre intuitifs et sensitifs.
Les intuitifs rêvent, vivent dans le futur et ont fait le tour de toutes les questions que leur professeur peut poser, car avant même qu’il en ait posé une, ils sont prêts à répondre sur-le-champ.
Les sensitifs vivent dans le présent et considèrent toutes les données d’une question. Un sensitif se préoccupe non de la question que le professeur va écrire au tableau, mais du fait que le tableau n’a pas été bien essuyé et qu’il n’y a pas assez de craie.
Une seconde suffit à un intuitif pour répondre à la question du son professeur. Mais même s’il connaît la réponse, le sensitif, lui, aura besoin de trois secondes pour la donner. Beaucoup de professeurs n’ont pas la patience d’attendre. Ils classent le sensitif comme lent et interrogent un autre élève.
Les tests pour mesurer le Q.I. favorisent aussi les intuitifs. On s’est aperçu en effet que les enfants sensitifs ont en moyenne un Q.I. inférieur à celui des autres de sept à huit points pour les garçons et de six à sept points pour les filles. L’intelligence émotionnelle témoigne aussi de l’intelligence globale de l’être, mais n’est pas considérée par les tests.
Ainsi une nouvelle fois, nous pouvons être blessés non par manque de moyens mais parce que nous n’avons pas ceux que l’école récompense. Albert Einstein a été mal noté en mathématiques avant qu’on s’aperçoive combien il était doué…
Les blessures qui adviennent à cette étape du développement peuvent produire des personnalités de « gagnants » qui réussissent souvent à l’école et apprennent à gagner l’amour des autres en se donnant de la peine. Ils ont l’habitude d’être récompensés pour leurs réussites et développent le sentiment de devoir continuer à réussir pour être aimé.
Celles qui réussissent moins bien apprennent, au contraire, à ne pas se fouler puisque « je rate tout ce que je fais ». Ces enfants auront donc tendance à se décourager par avance, ne pas entreprendre de choses nouvelles, puisqu’ils pensent avoir toutes les chances de se planter.
Les uns comme les autres auront besoin de découvrir qu’ils ont de la valeur par eux-mêmes, que cette valeur ne dépend pas de leurs succès ni de leurs échecs : l’amour met en lumière les dons les plus cachés.

5 : L’ADOLESCENCE. Identité et confusion d’identité.
A cette étape de la croissance, l’adolescent entre 12 et 18 ans essaie de passer de l’enfance à l’âge adulte. Durant cette période de transition, il hésite entre deux attitudes contradictoires : tantôt il se conduit encore en enfant et ne pense pas aux conséquences de ses actes, d’autres fois il peut faire preuve d’une grande maturité.
Chez un adolescent, cette crise peut se manifester par un abandon de sa pratique sportive par exemple, et par la remise en cause des valeurs auxquelles ses parents et ses professeurs sont attachés. D’autres sont convaincus que tout ce que disent les adultes est ringard ; c’est pourquoi ils rejettent toutes les valeurs familiales et se retrouvent sans aucun point d’ancrage.
A cette étape de faible tolérance, les adolescents ont honte de leurs parents et imaginent des moyens de s’opposer à eux ; parfois ils fuguent, plaquent l’école et peuvent même faire une tentative de suicide. Ils ont la haine d’eux-mêmes.
Pour pouvoir quitter le toit familial et pour être capable de se forger ses propres valeurs, l’adolescent doit souvent traverser d’autres crises. Il va entre autres choses possibles, porter des jeans déchirés, avoir une coiffure voyante ou encore, se mettre à faire des dépenses extravagantes : c’est le moyen pour lui d’affirmer sa personnalité.
Anna Freud disait à ce propos « qu’à l’âge adulte, un comportement créateur de tels conflits serait considéré comme névrotique ou même comme étant à la limite de la psychose, mais que chez un adolescent le conflit est un état normal« . Erikson explique que si ces conflits ne sont pas résolus pendant l’adolescence :adulte il continuera à prendre des décisions en se basant seulement sur ce que dit une autorité. Ou bien, au contraire, il s’opposera aux valeurs que cette autorité soutient et qu’il considérera à priori comme dépassées. Il agit donc par réaction.
Les souvenirs positifs et négatifs à l’étape de l’identité
Erikson décrit 3 choses comme particulièrement importantes à l’époque de l’adolescence:
1 le développement sexuel
2 le fait d’appartenir à un groupe de copains
3 la formation de ses propres valeurs morales
La guérison des souvenirs ne signifie pas que nous oublions les événements douloureux mais plutôt que nous ne ressentons plus la souffrance et les conséquences mutilantes qu’ils ont entraînées.
L’ image sexuée de nous-mêmes
Les hommes et les femmes forgent leur identité sexuelle de manière différente. Durant leur enfance, les filles prennent conscience de leur identité sexuée dans la continuité de celle de leur mère et en lien avec elle. Alors que les garçons, pour pouvoir définir leur identité masculine, doivent d’abord se sentir différents et séparés de leur mère. Cependant, ces différences dans la formation de l’identité ne proviennent pas seulement des relations avec la mère mais aussi des différences physiques.
Au niveau de l’approche de la vie, les hommes font des choix éthiques en se basant sur les droits individuels, alors que les femmes, pour faire leurs choix, cherchent à maintenir un tissu relationnel. Erikson, et d’autres, affirment que les femmes mettent l’accent sur les relations, la coopération, la réceptivité et l’intériorité, tandis que les hommes attachent beaucoup d’importance à la séparation, l’autonomie, la compétition, l’intrusion et l’extériorité.
Il s’agit bien sûr d’une généralisation et chaque personne est profondément différente des autres et possède, une identité sexuelle complémentaire de son identité sexuelle dominante : les femmes ont donc un côté masculin (animus) et les hommes un côté féminin (anima).
Ces différences influencent fortement notre conception des valeurs, notre perception de la réalité dans les domaines de l’éducation, la psychologie, la religion, la recherche scientifique. Ainsi les femmes fondent généralement leur identité sur la relation avec les autres, alors que souvent les hommes fondent la leur sur l’individualisme et l’autonomie.
Erikson – comme la plupart des écoles de psychologie – attache beaucoup d’importance à tout ce qui permet d’accroître l’autonomie et l’indépendance de la personne. L’autonomie et l’indépendance impliquent la séparation, qui est le modèle de la maturité. Ce modèle de la maturité est souvent attribué aux hommes puisqu’ils ont développé en eux la capacité de vivre par eux-mêmes. Alors que les femmes, qui ont développé une autre dimension, souvent oubliée, à savoir la capacité de nouer des relations, sont considérées comme immatures parce qu’elles demeurent dans la dépendance.
La guérison de l’adolescence
Les blessures d’ordre sexuel ne constituent qu’un type de blessures parmi tant d’autres qui se manifestent au cours des années agitées de l’adolescence. Lors d’un sondage qui a été fait auprès d’adolescents fréquentant la consultation d’une clinique universitaire, ces derniers ont dressé une liste des principales blessures subies :
1 Redoublement d’une classe 34%
2 Disputes entre parents 28%
3 Maladie grave d’un membre de la famille 28%
4 Rupture avec un(e) petit(e) ami(e) 24%
5 Perte d’un ami intime 17%
6 Disputes avec les parents et les frères et sœurs 21%
7 Tension provoquée par la maladie ou un accident l6%.
Beaucoup d’adolescents cherchent à atténuer leurs souffrances en ayant recours à la drogue, à l’alcool ou en ayant des relations sexuelles. Ce qui a généralement pour résultat d’aggraver leurs problèmes.
Mais la bonne nouvelle est que l’adolescent peut guérir de cette période de stress et devenir un adulte équilibré.

6 : LE JEUNE ADULTE. L’intimité ou l’isolement.
Si vous aviez la possibilité de revivre une époque de votre vie, laquelle choisiriez-vous?
Lorsqu’on pose cette question, la plupart des gens choisiraient une année pendant l’époque de l’intimité. C’est l’étape qui va de 18 à 35 ans. C’est l’époque de la vie où on a envie de partager avec autrui l’amour, la procréation, le travail et une réelle amitié. A cette époque il faut choisir entre l’intimité (qui permet à l’amour de s’exprimer par des étreintes physiques et un partage de toutes choses) et la solitude.
Choisir l’intimité permet la guérison. S’embrasser guérit les affections cardiaques. Les veufs, privés tout à coup de relations sexuelles, sont beaucoup plus sujets aux crises cardiaques que les hommes mariés. Mais s’ils se remarient, ils retrouvent la tension artérielle d’avant leur veuvage.
Comment peut-on passer sans heurts de l’étape de l’identité, à l’étape de l’entrée dans l’age adulte?
Cela suppose que l’on remplace la question « qui suis-je? », par « qui sommes-nous? » et de pouvoir y répondre. A l’étape de l’identité, je me découvre moi-même. Mais à l’étape de l’intimité je prends le risque de me perdre et de me retrouver en aimant quelqu’un d’autre jusqu’à ce que nos deux identités deviennent « nous ».
Là encore, les hommes et les femmes vivent de manière différente le passage du “je” au “nous”. Les hommes peuvent demeurer bloqués au “je” de l’identité, alors que les femmes sont plus portées à sacrifier leur “je” au bénéfice du “nous”.
Les hommes sont souvent tentés de faire passer leur carrière professionnelle avant leur vie personnelle. Les femmes, au contraire, privilégient leurs relations personnelles avec leur famille ou avec leur ami, même lorsqu’elles ont des responsabilités professionnelles. Tout cela est une généralisation, d’ailleurs les hommes comme les femmes peuvent perdre le sens de l’intimité.
Les moyens pour créer l’intimité
Voyons cet exemple, une histoire vraie qui est celle d’un aide-soignant travaillant dans un hôpital psychiatrique. Dans cet hôpital, il y avait une femme psychotique hospitalisée depuis 18 ans. Elle ne parlait à personne et ne regardait jamais personne dans les yeux. Elle restait assise toute la journée dans un fauteuil à bascule en se balançant.
Un jour, l’aide-soignant pris un autre fauteuil à bascule qu’il posa près d’elle. Il se mit à se balancer lui aussi, à côté d’elle, tout en dînant. Il se balança à côté d’elle tous les jours pendant 6 mois. Un soir, alors qu’il se levait pour partir, la femme lui dit: « Bonsoir ».
C’était la première fois qu’elle disait un mot depuis 18 ans. Après quoi, elle commença à aller mieux. L’aide-soignant continua à venir se balancer tous les jours à côté d’elle et finalement, elle guérit de sa psychose, car il avait su donner à cette malade ce dont elle avait le plus besoin : une intimité affective.
Les sentiments que le thérapeute éprouve pour son patient constituent le seul facteur important dans toute thérapie. Pour qu’il puisse donner à son patient la possibilité de s’affirmer et d’atteindre une intimité affective réelle, il est nécessaire que le thérapeute aime son patient.
Cela confirme que nous ne pouvons pas devenir réellement nous-mêmes aussi longtemps que personne ne nous a fait découvrir qui nous sommes. Nous le découvrons seulement lorsque nous lisons dans les yeux de quelqu’un qui nous aime la bonté qui est en nous.
Les 4 périodes de l’affirmation
1 Pour pouvoir affirmer quelqu’un, il faut d’abord que quelqu’un d’autre m’ait permis de découvrir ce qu’il y a de bon en moi et qu’il m’ait affirmé.
2 L’affirmation d’un autre commence lorsque je prends conscience des qualités propres de cet autre et de tout ce qui me pousse à l’aimer paisiblement et à l’apprécier.
3 L’affirmation est le moment où je suis touché par la valeur de l’autre, sans pour autant mettre le grappin sur lui ou le changer pour satisfaire mes propres besoins.
4 Je laisse s’exprimer ma joie devant la valeur de l’autre, sans la dire. Les paroles n’entrent que pour 7% dans l’impact de nos moyens de communication; le ton de la voix, l’expression du visage et les autres comportements non verbaux correspondent aux 93% restants. La chaleur de notre voix, de nos étreintes et de nos sourires spontanés sont parmi les moyens les plus simples et pourtant aussi les plus puissants pour permettre à l’autre d’affirmer sa valeur et pour créer l’intimité.
L’intimité avec nous-mêmes et l’intimité avec les autres
Puisque le processus d’affirmation commence par la reconnaissance de notre propre valeur, l’intimité avec nous-mêmes est indispensable pour pouvoir vivre dans l’intimité avec les autres. Cette intimité avec nous-mêmes s’affirme quand nous prenons conscience de nos sentiments les plus profonds, de nos besoins, de nos peurs, de nos déceptions, de nos rêves. Il faut aussi pouvoir les exprimer.
La manière dont l’intimité conjugale est vécue est à la base de la survie du couple ou de son divorce.
Une mort, un divorce, le départ d’un proche, des violences sexuelles peuvent rendre difficile l’établissement d’une relation d’amitié vraie et conduire à l’isolement.

7 : L’ÂGE ADULTE. La générativité ou bien la stagnation.
La générativité (mot créé par Erikson) qualifie la 7ème étape de la croissance. Il la situe approximativement entre 35 et 65 ans. La générativité signifie que l’on porte intérêt, au-delà des membres de sa famille, aux générations futures et au monde dans lequel elles vivront.
Habituellement on fait preuve de générativité lorsque l’on devient parent. Mais on peut donner aussi la vie en étant éducateur, enseignant, en accompagnant un enfant dans sa vie quotidienne, en animant des retraites, en écrivant des livres, etc.
Il arrive que des adultes, parvenus à l’âge de la générativité, s’interrogent tout à coup et se demandent s’ils ont quelque chose à transmettre. Il découvrent la stagnation : le sentiment d’avoir été incapable d’appeler qui que ce soit à la vie et de n’avoir rien apporté aux nouvelles générations.
Celui qui fait cette découverte peut passer par une crise existentielle. La recherche d’une manière de vivre différente, plus significative, plus profonde, implique de se confronter avec les zones de ténèbres qui sont en nous.
La crise de l’adulte
De nombreuses crises jalonnent la vie des adultes. Ils doivent faire face à la mort de leurs parents, à des changements de vie professionnelle, à la mise à la retraite, à des enfants qui ont des problèmes ou qui quittent le foyer familial, à des difficultés conjugales  (voire un divorce), à la maladie, à un corps qui vieillit, à des difficultés financières et surtout à cette crise dite « du milieu de la vie  » qui conduit à se poser la question que se posait Gandhi :
Est-ce que j’ai réellement quelque chose à transmettre ?
Cette crise du « milieu de la vie » est assez mal nommée. Car on peut se poser la question du sens de la vie à n’importe quel moment et même plusieurs fois dans vie.
La solution : avoir le souci des autres. Les femmes comme les hommes parviennent à résoudre les crises du « milieu de la vie » en trouvant de nouvelles façons d’avoir le souci d’eux-mêmes et des autres. Celui qui ne pense qu’aux autres risque de finir par s’user tout en étouffant les autres et de se retrouver sans vie intérieure. Se préoccuper des autres ne s’équilibre pas automatiquement avec notre souci de répondre à nos propres besoins. Aussi pouvons-nous commettre l’une des 4 erreurs suivantes :
1 Faire pour les autres ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes.
2 Apporter aux autres une aide dont ils ne veulent pas ou n’ont pas besoin.
3 Donner une aide que nous ne désirons pas donner.
4 Ne pas comprendre que telle personne attend notre aide, mais n’ose pas nous la demander.
Au contraire celui qui est égocentrique, celui qui se contente de recevoir des autres, avec de l’indifférence pour eux;  celui là risque de ne jamais devenir un adulte capable d’engendrer la vie. L’idéal est de savoir aimer son prochain comme soi-même. S’aimer soi-même signifie que l’on prend du temps pour ce voyage intérieur en se ménageant des moments de solitude, des moments de détente et de méditation, des relations d’intimité et de pouvoir vivre ses passions secrètes ou non…
Ce qui nous permet de développer les secteurs de notre personnalité délaissés. L’intellectuel devient alors plus sensible, l’introverti plus extraverti. Les hommes développent ainsi leur côté féminin (anima) en devenant par exemple d’excellents cuisiniers. Les femmes développent leur côté masculin (animus), elles se cultivent davantage et gagnent en assurance.
Si nous avons atteint cette étape de la générativité, nous pouvons commencer à aider les autres en utilisant des dons que la guérison des blessures produit.
Les parents doivent faire ce qu’ils peuvent et apprendre des mêmes erreurs que tous les parents commettent. Les parents peuvent demander pardon à leurs enfants pour leurs anciennes erreurs, s’il se sont pardonnés à eux-mêmes et ont appris à leurs enfants à avoir confiance en l’avenir. L’idéal de la générativité ne se réduit pas uniquement en étant attentif à aider les autres, mais aussi à aider les autres à développer leurs propres dons de telle façon qu’ils n’ont plus besoin de notre aide.

8 : LA VIEILLESSE. L’intégrité ou le désespoir.
La dernière étape du développement, selon Erikson, est l’étape de la vieillesse mais aussi celle de l’intégrité ou encore l’étape de la sagesse.
Erikson définit l’intégrité et la sagesse comme la conviction qu’il existe une sorte de camaraderie entre les hommes et les femmes de tous les temps. Il pense que cette sagesse et cette intégrité signifient aussi l’acceptation de sa propre vie. L’acceptation du fait que sa propre vie relève de sa propre responsabilité. Il considère que le contraire de la sagesse est le désespoir. En opposant sagesse et désespoir, Erikson souligne que la sagesse est beaucoup plus faite de gratitude et d’espoir que de connaissances et d’expérience.
Le désespoir a son origine dans le mépris des personnes, d’après Erikson. Ce mépris s’étend ensuite aux institutions et il finit par investir complètement la personne elle-même. Le désespoir peut aussi commencer avec le mépris de soi. Par contre, la tragédie mène à la sagesse et à l’intégrité lorsqu’elle amène quelqu’un à vouloir donner un sens à sa vie.
Pour donner un tel sens à sa vie, il faut d’abord reconnaître tout ce que l’on a perdu, pardonner aux autres, se pardonner à soi-même, et ainsi accepter le fait que “sa propre vie relève de sa propre responsabilité”. La sagesse et l’intégrité nous sont données lorsque nous découvrons le don et le sens caché au plus profond de chaque tragédie ou expérience de vie.
L’étape finale telle que l’imagine Erikson nous lance un défi : elle nous défie non seulement de découvrir ce que nous apporte la mort de ceux que nous aimons, mais aussi la perspective de notre propre mort et la dégradation progressive que la vieillesse entraîne en nous. Quelle que soit la dégradation que nous ressentons, l’intégrité et la sagesse sont le résultat non seulement de notre prise de conscience de cette dégradation mais, en dernier ressort, de la découverte de ce qu’elle nous apporte.
A l’âge de l’intégrité, je suis confronté au fait que je vais bientôt mourir, quelle que soit la date de ma mort. Plus tôt nous nous poserons cette question :
Que dois-je faire absolument avant de mourir ?
… plus le temps qui nous reste à vivre prendra sens. Il n’est jamais trop tard pour réorienter sa vie. Parvenu à cette étape dite de l’intégrité, plus nous réussissons à trouver des solutions aux affaires que nous n’avions pu régler jusque-là, et plus nous devenons prêts à accueillir la mort.
Alors que certaines de nos facultés intellectuelles ont tendance à s’amoindrir avec l’âge, d’autres fonctions intellectuelles se développent avec les années : par exemple la capacité de se souvenir d’événements anciens, ou celle de juger sainement d’une situation en s’appuyant sur l’expérience acquise durant la vie. Les gens âgés savent aussi d’instinct commencer le récit de leurs souvenirs par les bons souvenirs parce que les mauvais, ceux qui ne se basent pas sur l’amour, peuvent conduire au désespoir. Et le désespoir est une menace permanente à cette étape de la vie.
A chaque étape du développement, la vertu qui correspond à cette étape n’est pas le résultat de notre effort. Les vertus, telles que nous les concevons, sont des dons que nous font les personnes de notre entourage qui sont parvenues à une plus grande maturité que nous, et tout particulièrement nos parents.
Ces personnes nous présentent ces vertus comme des modèles et elles s’efforcent d’établir autour de nous une atmosphère qui nous permet de les faire nôtres. Mais il faut bien admettre que tous les parents ne sont pas des modèles d’intégrité.


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